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jeudi 3 février 2005

L'enterrement de Diogène.

C’était un maître. La preuve : à sa mort, les épigones se déchirent.
« La tradition veut qu’une dispute s’éleva aussitôt entre ses disciples pour décider qui l’enterrerait. On en vint même aux coups. » (D.L. VI, 75)
Je vais fort imprudemment faire l’hypothèse que les plus fidèles de ses disciplines veulent ne pas l’enterrer, comme il l’a demandé. J’imagine que certains souhaitent le livrer aux bêtes sauvages car ils ont peut-être entendu la leçon que rapporte Cicéron dans les Tusculanes :
« Tout en ayant les mêmes sentiments que Socrate, face à la mort, Diogène était plus rude : en bon Cynique, il s’exprimait de façon plus brutale, en exigeant que l’on jette son cadavre sans l’inhumer. Ses amis lui demandaient alors : « Veux-tu qu’on le jette en pâture aux oiseaux et aux fauves ? » « Pas du tout, reprit-il, mais posez seulement à mes côtés un bâton pour les chasser ! » « Et comment donc pourrais-tu le faire ? Tu seras inconscient. » « Mais alors, si je suis inconscient, quel mal pourraient me faire les morsures des bêtes ? »
Il se peut que d’autres aient désiré « qu’on le culbute dans quelque fosse en le recouvrant d’un peu de poussière »(VI, 75) comme il l’avait aussi envisagé. En somme, les funérailles sous une forme minimaliste. Arrivent les puissants et les parents, pas de doute : ils vont le statufier.
« Leurs parents et les notables arrivèrent enfin, et sous leur conduite on enterra Diogène près de la porte donnant vers l’Isthme. Sur son tombeau, on édifia une colonne funéraire surmontée d’un chien en marbre de Paros. »(ibid.)
Diogène récupéré ? Peut-être, mais pas complètement trahi : certes sculpté dans le marbre, mais sous forme canine. C’est en tout cas le début d’un culte. Il est devenu l’objet des commémorations. Exit Diogène le chien. Il est vrai qu’il est mort à un mauvais moment, si Plutarque dans les Moralia a raison : exactement le jour où Alexandre le Grand a disparu. Comment ne pas glorifier, au-delà même des louanges réservées à Alexandre, celui qui n'avait vu dans le conquérant macédonien rien d’autre qu’un corps qui l’empêchait de se réchauffer au soleil…

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