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mercredi 15 février 2006

Platon et la Sicile (1)

Dans l’édition de la Pléiade (1950) figurent treize lettres attribuées à Platon. Aujourd’hui il est certain qu’onze d’entre elles sont fausses. Restent la septième et la huitième dont on ne peut déterminer ni la fausseté ni l’authenticité. L’éminente Monique Dixsaut se référant néanmoins à la lettre VII pour clarifier la position de Platon sur l’écriture (Platon p.18), j’emprunterai sa voie pour déterminer ce que Platon est allé faire en Sicile. C’est en effet par rapport à ce récit originaire que j’apprécierai la version qu’en donne Diogène Laërce.
Platon aurait eu à peu près 40 ans quand il est allé pour la première fois en Sicile, précisément à Syracuse, à la cour du tyran Denys I. S’il ne donne pas les raisons de son voyage, il a néanmoins présenté auparavant de manière circonstanciée les déceptions qu’a causées en lui l’histoire récente d’Athènes, la dernière en date étant le procès et l’exécution de Socrate. Son expérience politique le conduit alors à penser que « le genre humain ne mettra pas fin à ses maux avant que la race de ceux qui, dans la rectitude et la vérité, s’adonnent à la philosophie n’ait accédé à l’autorité politique ou que ceux qui sont au pouvoir dans les cités ne s’adonnent véritablement à la philosophie, en vertu de quelque dispensation divine. » (326 ab trad. de Luc Brisson)
Arrivé à Syracuse, il découvre un mode de vie qui n’a rien de philosophique :
« Une fois sur place, cette vie qui là-bas encore était dite heureuse, parce que remplie de ces tables servies à la mode d’Italie et de Syracuse, ne me plut nullement sous aucun rapport : vivre en s’empiffrant deux fois par jour et ne jamais se trouver au lit seul la nuit, sans compter toutes les pratiques qu’entraîne ce genre de vie, voilà, en effet, des moeurs qui ne permettront jamais à aucun homme au monde, qui les aurait pratiquées depuis l’enfance, de devenir sage – il n’est pas de nature exceptionnelle où l’on trouve ce mélange – et encore moins de devenir un jour tempérant. » (326 bc)
Lors de ce premier séjour, Platon convertit néanmoins à la philosophie Dion d’environ 21 ans, frère d’Aristomaque, l’épouse de Denys I.
Voilà pour l’essentiel. Lisons maintenant le récit qu’en fait Diogène, sachez tout de suite qu’il est romanesque et mouvementé !
On apprend d’abord que c’est en touriste géographe que Platon va en Sicile :
« La première fois, ce fut pour voir l’île et ses cratères. » (III, 18)
Alors que Platon ne mentionne même pas Denys I dans le récit de son premier voyage, Diogène fait jouer à ce dernier un rôle adéquat à sa fonction politique :
« Et, à cette occasion, Denys, fils d’Hermocrate, qui était tyran, força Platon à entrer en rapport avec lui. Mais quand, au cours d’une conversation sur la tyrannie, Platon soutint que ne pouvait être considéré comme le bien suprême ce qui était dans l’intérêt du seul tyran (c’est même un euphémisme : dans la typologie platonicienne des régimes politiques, Platon place la tyrannie en dernière position), à moins que ce dernier ne se distinguât par la vertu (mais tyran vertueux, c’est cercle carré !), il offensa Denys. En colère, Denys lança en effet : « Tu parles comme un petit vieux », et Platon rétorqua : « Et toi, comme un tyranneau. » (Le ton montait moins entre les deux interlocuteurs quand c’était Genaille qui traduisait : « « Tu me tiens des discours de vieillard ! » — « Et toi des discours de tyran », répliqua Platon. » Mais je dois reconnaître que « petit vieux » est une trouvaille, qui pourrait sortir en plus de la bouche d’un de nos « jeunistes »). Cette réplique mit en fureur le tyran qui dans un premier temps entreprit de faire périr Platon. Par suite de l’intercession de Dion (bien qu’imaginaire, ce rôle est en revanche tout à fait vraisemblable) et d’Aristomène (personnage inconnu : Luc Brisson fait l’hypothèse qu’un copiste a peut-être mal écrit le nom d’Aristomaque), Denys ne mit pas son projet à exécution. » (18-19)
Ouf, mais les malheurs de Platon ne font que commencer...

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