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lundi 17 janvier 2011

Les sorts platoniciens.

" À ce propos, n'avez-vous pas remarqué qu'il y a des circonstances dans la vie qui nous rendent plus ou moins superstitieux ? Comme nous ne voyons pas toujours la raison des effets, nous imaginons quelquefois les causes les plus étranges à ceux que nous désirons ; et puis nous faisons des essais sur lesquels on nous jugerait dignes des petites-maisons..
Une jeune fille dans les champs prend des chardons en fleurs et elle souffle dessus pour sçavoir si elle est tendrement aimée. Une autre cherche sa bonne ou sa mauvaise aventure dans un jeu de cartes. J'en ai vu qui dépeçoient toutes les fleurs en roses qu'elles rencontroient dans les prés, et qui disaient à chaque feuille qu'elles arrachoient : Il m'aime, beaucoup, un peu, point du tout, jusqu'à ce qu'elles fussent arrivées à la dernière feuille, qui étoit la prophétique. Dans le bonheur elles se rioient de la prophétie. Dans la peine, elles y ajoutaient un peu de foi ; et elles disoient : La feuille a bien raison.
Moi-même j'ai tiré une fois les sorts platoniciens. Il y avait trente jours que j'étois renfermé dans la tour de Vincennes. je me rappelai tous ces sorts des anciens. J'avais un petit Platon dans ma poche, et j'y cherchai à l'ouverture quelle serait encore la durée de ma captivité, m'en rapportant au premier passage qui me tomberait sous les yeux. J'ouvre et je lis en haut d'une page : " Cette affaire est de nature à finir promptement. " Je souris, et un quart d'heure après j'entens les clefs ouvrir les portes de mon cachot. C'était le lieutenant de police Berryer qui venoit m'annoncer ma délivrance pour le lendemain." (lettre 90 à Sophie Volland, 23 septembre 1762)

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