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lundi 26 mars 2012

Armchair stoicism ou l’enthousiasme philosophique dans sa version la plus ordinaire.

“ Il paraît y avoir une grande ressemblance entre la secte des stoïciens et celle des pyrrhoniens, malgré leur perpétuel antagonisme, et toutes deux semblent fondées sur cette maxime erronée, que ce qu’un homme peut accomplir quelquefois et dans certaines dispositions, il le peut accomplir toujours et dans toute disposition. Quand l’esprit, par des réflexions stoïques, se trouve ravi en un sublime enthousiasme pour la vertu, et fortement épris d’une espèce quelconque d’honneur ou de bien public, les dernières peines corporelles, les pires souffrances ne prévaudront pas sur un si haut sentiment du devoir ; et peut-être même, grâce à celui-ci, est-il possible de sourire ou d’exulter au milieu des tortures. S’il peut, réellement et effectivement, en arriver ainsi quelquefois, encore mieux peut-il se faire qu’un philosophe, dans son école ou même dans son cabinet, se façonne à un tel enthousiasme, et supporte en imagination la peine la plus aiguë ou l’événement le plus funeste qu’il lui soit possible de concevoir. Mais comment supportera-t-il cet enthousiasme lui-même ? La tension de son esprit se relâche, et ne peut être rappelée à volonté ; des occupations le viennent détourner ; des malheurs l’attaquent à l’improviste ; et le philosophe s’abaisse par degrés jusqu’à devenir un homme du peuple. » (Hume, Dialogues sur la religion naturelle, 1779, p. 14, Vrin, traduction de Maxime David).
On pense à La Rochefoucauld écrivant, un siècle plus tôt à peu près : « La philosophie triomphe aisément des maux passés et des maux à venir. Mais les maux présents triomphent d’elles ».
Texte anglais :
" There appears a great resemblance between the sects of the Stoics and Pyrrhonians, though perpetual antagonists; and both of them seem founded on this erroneous maxim, That what a man can perform sometimes, and in some dispositions, he can perform always, and in every disposition. When the mind, by Stoical reflections, is elevated into a sublime enthusiasm of virtue, and strongly smit with any species of honour or public good, the utmost bodily pain and sufferings will not prevail over such a high sense of duty; and it is possible, perhaps, by its means, even to smile and exult in the midst of tortures. If this sometimes may be the case in fact and reality, much more may a philosopher, in his school, or even in his closet, work himself up to such an enthusiasm, and support in imagination the acutest pain or most calamitous event which he can possibly conceive. But how shall he support this enthusiasm itself? The bent of his mind relaxes, and cannot be recalled at pleasure; avocations lead him astray; misfortunes attack him unawares; and the philosopher sinks by degrees into the plebeian.".

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