Statcounter

samedi 10 novembre 2012

D'un saint à l'autre : les cercles de la conscience ou les craintes de second degré.

Saint François de Sales était l'ami de Madame de Chantal (aka Sainte Jeanne de Chantal). La jugeant trop sévère avec elle-même, il lui écrit :
" Mon Dieu ! ma fille, ne sçauriez-vous vous prosterner devant Dieu, quand cela vous arrive, et luy dire tout simplement : " Oui, Seigneur, si vous le voulez, je le veux, et si vous ne le voulez pas, je ne le veux pas ;" et puis passer à faire un peu d'exercice et d'action qui vous serve de divertissement ? Mais, ma fille, voicy ce que vous faites : quand cette bagatelle se présente à vostre esprit, vostre esprit s'en fasche et ne voudroit point voir cela ; il craint que cela ne l'arreste : cette crainte retire la force de vostre esprit et laisse ce pauvre esprit tout pasle, triste et tremblant ; cette crainte lui desplaît et engendre une autre crainte que cette première crainte et l'effroy qu'elle donne ne soit cause du mal ; et ainsi vous vous embarrassez. Vous craignez la crainte, puis vous craignez la crainte (de la crainte) ; vous vous faschez de la fascherie, et puis vous vous faschez d' être faschée de la fascherie : c'est comme j'en ai veu plusieurs qui, s'estant mis en colère, sont par après en colère de s'estre mis en colère ; et semble tout cela aux cercles qui se font en l'eau quand on y a jeté une pierre, car il se fait un cercle petit, et cestuy-là en fait un plus grand, et cet autre un autre." (Nouvelles lettres inédites, Turin et Paris, tome I, p.303.)
Je partage sur ce texte le jugement de Charles-Augustin Sainte-Beuve : " Il est impossible de ne pas reconnaître dans ces ricochets les gentillesses d'une plume très amusée." (Port-Royal, Livre I, p.288, La Pléiade).

Aucun commentaire:

Publier un commentaire