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samedi 15 février 2014

Ortega réécrit le mythe aristophanesque de l'amour.

On se souvient que dans Le Banquet de Platon, Aristophane développe une conception de l'amour qui en fait le désir de la fusion avec un autre nous complétant exactement et apportant l'unité et la plénitude qui naturellement font défaut à chacun. Aussi les échecs amoureux durent-ils tant que n'a pas lieu la rencontre optimale ; en revanche " chaque fois (...) que le hasard met sur le chemin de chacun la partie qui est la moitié de lui-même, tout être humain, et pas seulement celui qui cherche un jeune garçon pour amant, est alors frappé par un extraordinaire sentiment d'affection, d'apparentement et d'amour ; l'un et l'autre refusent, pour ainsi dire, d'être séparés, ne fût-ce que pour un peu de temps. " ( 192 b-c, p.124, éd. Brisson )
Or, je le découvre avec étonnement, en 1929, dans la dernière de ses dix conférences, Ortega y Gasset reprend plus ou moins la théorie aristophanesque. Voici le texte original :
" En el fondo durmiente del alma femenina, la mujer, cuando lo es en plenitud, es siempre bella durmiente del bosque vital que necesita ser despertada. En el fondo de su alma, sin que ella lo advierta, lleva preformada una figura de varón ; no es un imagen individual de un hombre, sino un tipo genérico de perfección masculina. Y siempre dormida, sonambúlicamente camina entre los hombres que encuentra, contrastando la figura física y moral de éstos con aquel modelo preexistente y preferido.
Esto explica dos hechos que se producen en todo auténtico amor. Uno es la subitaneidad del enamoramiento ; la mujer, y lo mismo podría decirse del hombre, queda en un solo instante, sin transición ni proceso, fulminada por el amor. Esto sería inexplicable si no preexistiese al encuentro casual con aquel hombre una secreta y tácita entrega de su ser a aquel ejemplar que en su interior llevaba. El otro hecho consiste en que la mujer, al amar profundamente, no sólo siente que su fervor será eterno en dirección al porvenir, sino que le parece haber querido a aquel hombre desde siempre, desde las misteriosas profundidades del pasado, desde no se sabe qué dimensiones de tiempo en anteriores existencias.
Esta adhesión eterna y como innata no se refiere, claro está, a aquel individuo que ahora pasa, sino va dirigida a aquel modelo íntimo que palpitaba como una promesa en el fondo de su alma quieta, y que ahora, en aquel ser real, ha encontrado realización y cumplimiento. "
" Au fond dormant de l'âme féminine, la femme, quand elle l'est pleinement, est toujours une belle dormant dans le bois de la vie et qui a besoin d'être réveillée. Au fond de son âme, sans qu'elle ne s'en rende compte, elle a, préformée, une figure de l'homme ( varón ) ; ce n'est pas une image individuelle d'un homme, mais un type générique de perfection masculine. Et toujours endormie, elle chemine comme une somnambule, parmi les hommes qu'elle rencontre, comparant leur figure physique et morale à ce modèle préexistant et préféré.
Ceci explique deux faits qui se produisent dans tout amour authentique. L'un est la soudaineté de l'amour ( enamoramiento ) ; la femme, et on pourrait dire la même chose de l'homme, est en un instant, sans transition ni déroulement, foudroyée par l'amour. Ça serait inexplicable si ne préexistait à la rencontre accidentelle avec cet homme une soumission secrète et tacite de son être à ce prototype qu'elle avait toujours en soi. L'autre fait consiste en ce que la femme, quand elle aime profondément, non seulement sent que sa ferveur sera à l'avenir éternelle mais aussi en ce qu' il lui semble avoir aimé cet homme depuis toujours, depuis les mystérieuses profondeurs du passé, depuis on ne sait quelles dimensions temporelles dans des existences antérieures.
Cette adhésion éternelle et comme innée ne se rapporte pas, pour sûr, à cet individu qui maintenant passe, mais elle s'adresse au modèle intime qui palpitait comme une promesse au fond de son âme immobile et qui maintenant dans cet être réel a trouvé réalisation et accomplissement. "

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