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samedi 1 septembre 2007

Protagoras à travers le "Protagoras" de Platon (2): un eunuque plus clairvoyant qu'Aristophane !

Socrate n'entre pas facilement dans les lieux où il va être question de la vérité. Ainsi, dans le Banquet, parti chez Agathon en compagnie d'Aristodème, il marche d'abord si pensivement qu'il se laisse distancer par son ami puis reste à méditer longuement sous le porche du voisin pour finir par ne rejoindre les convives qu'au milieu du souper. Ici c'est le vestibule de la maison de Callias, dans laquelle loge Protagoras, qui est le lieu de réflexion, et d'une réflexion partagée cette fois avec Hippocrate. On en ignore le sujet mais ce qui compte au fond, c'est le succès de Socrate à détourner Hippocrate de son emballement en faveur du sophiste en lui faisant suivre les règles d'une argumentation commune (il y aurait à écrire ce petit dialogue socratique dont Platon se contente seulement de désigner l'existence...):
"Quand nous fûmes arrivés dans le vestibule, nous nous y arrêtâmes à parler d'une question qui, en cours de route, nous était venue à l'esprit et que nous ne voulions pas laisser en suspens, mais liquider avant de pénétrer à l'intérieur. Donc, nous étions arrêtés à causer dans le vestibule, jusqu'au moment où nous fûmes d'accord l'un avec l'autre." (314 c)
Après avoir pris leur temps, les deux hommes ont un contretemps occasionné par un esclave. Pour être exact, c'est la deuxième fois qu'un esclave se met dans les jambes des hommes libres. La veille déjà, Satyros avait fait courir son maître Hippocrate loin d'Athènes, vers Oenoê, pour avoir voulu s'enfuir. Désormais c'est un esclave accomplissant sa fonction qui retarde: il s'agit d'un eunuque qui garde la maison de Callias et qui veut leur en interdire l'entrée. Ayant entendu l'échange entre Socrate et Hippocrate et les prenant pour des sophistes, il leur ferme la porte au nez, désireux d'épargner à son maître plus d'embêtements. Mais Socrate le disculpe curieusement: la fausse identification n'est pas expliquée par l'ignorance de l'esclave mais par sa mauvaise humeur, laquelle n'a rien d'étonnant vu la quantité de sophistes hébergés par son maître. Il eût suffi que les deux hommes aient été bel et bien des sophistes pour que le geste de l'esclave eût une authentique dimension philosophique ! D'ailleurs c'est en lui répétant qu'ils ne sont pas des sophistes qu'il consent à les laisser entrer. Finalement, à son niveau, il sait trier le bon grain de l'ivraie...

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