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vendredi 29 avril 2011

Deux versions du point de vue de Sirius.

En 1873, dans les premières lignes de Vérité et mensonge au sens extra-moral, Nietzsche rabaisse en bien peu de mots la vanité humaine :
" Au détour de quelque coin de l'univers inondé des feux d'innombrables systèmes solaires, il y eut un jour une planète sur laquelle des animaux intelligents inventèrent la connaissance. Ce fut la minute la plus orgueilleuse et la plus mensongère de l' "histoire universelle", mais ce ne fut cependant qu'une minute. Après quelques soupirs de la nature, la planète se congela et les animaux intelligents n'eurent plus qu'à mourir " (Écrits posthumes 1870-1873 p. 277 Gallimard )
En 1928, Russel, dans les Essais sceptiques, a besoin, lui, de plus de mots mais humilie aussi davantage, je crois :
" Dans le monde visible, la Voie Lactée n'est qu'un petit fragment ; à l'intérieur de ce fragment, le système solaire n'est qu'une poussière infiniment petite, et notre planète n'est qu'une parcelle microscopique de cette poussière. Sur cette parcelle de minuscules masses de carbone impur et d' eau, d'une structure compliquée, possédant des propriétés physiques et chimiques peu communes, rampent pendant quelques années pour se dissoudre enfin de nouveau dans les éléments dont ils sont composés. Ils partagent leur temps entre le travail nécessaire pour remettre au plus tard le moment de leur propre dissolution et des luttes furieuses pour avancer celui des autres espèces. Des convulsions de la nature en détruisent périodiquement quelques milliers ou millions, et des maladies en balayent prématurément encore davantage. Ces événements sont considérés comme des malheurs ; mais, quand les hommes réussissent à accomplir des destructions analogues par leurs propres efforts, ils s'en réjouissent et rendent grâce à Dieu. Dans la vie du système solaire, la période durant laquelle l'existence de l'homme aura été physiquement possible n'est qu'une toute petite partie de tout ; mais il y a des raisons d'espérer qu'avant la fin même de cette période les hommes auront mis un terme à leur propre existence par leurs efforts dirigés pour s'annihiler mutuellement. Telle est la vie de l'homme vue du dehors " ( Rêves et faits p. 38-39 Les Belles Lettres)

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