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mercredi 6 janvier 2016

" La France est en guerre " : est-ce ou non une déclaration paranoïaque ?

En 2005, Jacques Sémelin a publié un livre dont je recommande la lecture aujourd'hui, car il aide à mettre dans une perspective historique les violences récentes qui nous ont tant bouleversés : il s'agit de Purifier et détruire. Usages politiques des massacres et génocides. Voici les dernières lignes de la dernière partie, je les cite car elles nous font gagner en clairvoyance :
" Au moment de conclure, nous retrouvons ces rapports inextricables entre réel et imaginaire qui sont au coeur du premier chapitre de ce livre. Ayons donc la lucidité d'appliquer cette analyse à nous-mêmes, dans cette période historique qui est la nôtre. Certes, il y a des raisons objectives d'être inquiets quant à la possibilité de nouveaux attentats terroristes. Et cependant, nous autres, Occidentaux, ne sommes-nous pas en train de devenir de grands "paranos" ? Car il est bien difficile de faire la part entre les risques réels d'actions terroristes et ce qui demeure purs fantasmes, associés à la psychose d'un terrorisme de destruction massive que nombre d'agents de la sécurité antiterroriste ont évidemment intérêt à amplifier. Les chefs d'État eux-mêmes ont avantage à jouer le risque terroriste pour se présenter comme les garants de la sécurité de tous. Pour défier cet inquiétant futur, le regard de l'historien est sans doute celui qui nous aide le plus à prendre du recul par rapport à nos convulsions du présent. Je pense notamment à la grande oeuvre de Jean Delumeau, dont le titre est précisément La Peur en Occident... Sauf que son étude porte sur l'évolution de l'Europe entre le XIVème et le XVIIIème siècle. Mais l'ouvrage a pour sous-titre "Une cité assiégée". Et que trouve-t-on, entre autres, dans la table des matières ? La peur des juifs, bien sûr la peur des femmes, évidemment mais aussi la "menace musulmane" ! Il y a là, n'en doutons pas, matière à réflexion sur la "nouveauté" de nos propres peurs en ce XXIème siècle naissant." (Points-Essais, p.569-570)

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