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lundi 16 mars 2026

Cours élémentaire de philosophie (17) : la vérité (3)

Voyons comment vous allez sortir du doute un peu monstrueux, en tout cas très encombrant, dans lequel vous êtes entré en suivant l'argumentation inspirée par Descartes.
Vous pensez que peut-être même votre corps n'existe pas comme vous êtes en train de le percevoir : vous avez l'idée que vous avez telle position (vous êtes assis ou couché ou debout, etc.) mais vous n'êtes pas sûr que cette idée de vous soit autre chose qu'une idée.
Cela dit, vous avez une idée, vous en êtes conscient. Mais alors existe forcément une réalité. Laquelle me direz-vous ? Eh bien, précisément celle de la chose qui vous donne des idées, des pensées : cette chose, vous l'appelez souvent " esprit ". 
En effet, pour penser que les choses matérielles, votre corps inclus, n'existent pas en dehors des représentations, des images que vous vous en faites, il faut quelque chose qui pense, il faut la réalité de quelque chose qui pense.
Résumons : vous pouvez douter autant que vous voulez, vous ne pouvez pas douter du fait que vous avez une pensée, précisément la pensée que tout est douteux. Allez plus loin : même si vous doutez que vous pensez, vous avez la pensée que vous doutez que vous pensez.
Dit autrement : vous ne pouvez pas douter de tout, car si vous doutez de tout, vous pensez et donc existe cette chose qui pense que vous appelez votre esprit.

Descartes tient là sa première vérité incontestable et vous aussi, par la même occasion !
C'est une vérité inattendue parce que spontanément vous étiez porté à considérer que ce qui existe vraiment c'est votre propre corps que vous touchez, sentez, voyez, etc., c'est-à-dire vous en tant qu'être matériel, occupant de l'espace, ayant un volume, une taille, etc.
Mais en fin de compte, la seule existence que vous ne pouvez pas mettre en question, c'est celle de votre esprit qui a des pensées, dont une, qui nous a particulièrement intéressés : la pensée qu'on peut douter de tout.
Mais votre esprit n'est pas quelque chose de matériel, il n'occupe pas d'espace. À ce stade, vous pouvez me montrer votre tête et me dire : " Il est ici, mon esprit !".
Je vais vous répondre que vous me montrez une partie de votre corps en pensant sans doute à votre cerveau, parce que la science nous apprend que sans cerveau il n'y a pas de pensée. Mais rappelez-vous : si l'existence des choses matérielles est douteuse, il s'ensuit que l'existence de votre tête et de votre cerveau est, elle aussi, douteuse. 
Ce qui vous permet de différencier clairement votre cerveau de votre esprit : vous pouvez douter de l'existence de votre cerveau, mais pas de celle de votre esprit, parce que, pour douter de l'existence du cerveau, il faut avoir précisément cette pensée que l'existence de votre cerveau est douteuse et donc il faut être une chose qui a des pensées.
Vous allez me dire : " Mais alors on ne fait plus confiance à la science ? C'est la science qui nous assure que les humains pensent grâce à leur cerveau ! ".
Eh bien, vous avez raison : si on reprend le raisonnement de Descartes qui cherche à trouver une vérité indiscutable, on doit douter des sciences, car elles reposent sur une certitude : que le monde extérieur existe ! Or, si on doute de la réalité du monde extérieur, les connaissances scientifiques n'ont pas de portée : que valent les connaissances scientifiques sur l'Univers par exemple, s'il n'y a pas d'Univers en dehors de mon esprit ? Rien.
Attention ! Ne concluez pas que la science en général et pour toujours ne vaut rien. Je vous explique seulement que toutes les sciences reposent sur une croyance qui les soutient, qui les justifie mais qui n'est pas une connaissance scientifique : c'est la croyance dans la réalité du monde extérieur. Or le doute extrême de Descartes rend cette croyance douteuse, et par conséquent douteuses toutes les sciences.
Nous verrons bientôt qu'il y a en fait une science qui semble échapper au doute extrême, mais qu'en réalité on peut aussi la mettre en doute.