Ramón cultive une forme de derridisme par anticipation, avec des remarques un peu kabbalistiques sur les lettres et leurs accents espagnols. Il met à jour un "glyphe" littéraire, picto-idéo-phonographique, qui relève de la "différance grammatologique" derridienne. Il s'agit chez Ramón d'une redescription formaliste, pour regarder avec optimisme, et excuser, le détail de la moustache que la brune espagnole a fatalement. C'est une manière tragi-comique d'accepter le destin.
" (...) il existe une dénomination correcte naturellement adaptée à chacun des êtres : un nom n'est pas l'appellation dont sont convenus certains en lui assignant une parcelle de leur langue qu'ils émettent, mais il y a, par nature, une façon correcte de nommer les choses, la même pour tous, Grecs et Barbares."
Sauf que le cratylisme est l'idée que l'étymologie du signe est une description vraie de son référent alors que la greguería en question fait du mot un dessin ressemblant au référent. Ressemblance indélicate et peut-être même souvent fausse...
Mais, dans une logique strictement cratyléenne, si on supprime le tilde de doña, la dame perd son vrai nom...
Avec la femme à moustache, nous abordons la question du genre. Cette gregueria est-elle phallogocentrique ? Ramón était-il un macho ? Un Espagnol ne saurait médire de la corrida.
Ramón nous livre une conception utopique du carnaval, qui rachèterait tout pour tout le monde. Dans un carnaval, il y a des fautes contre la logique, la vraisemblance ou le goût, qui ne passent pas. Dans les Pieds Nickelés de Pellos, les trois compères doivent se déguiser, et ils échangent des vacheries sur le déguisement improbable qu'aurait chacun. À Filochard le borgne, on lui dit qu'il serait mal venu qu'il se déguise en Godefroi de Bouillon, parce qu'un bouillon qui n'aurait qu'un oeil serait une faute culinaire. On pourrait aussi dire que ce genre de remarque attire le mauvais œil.
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