Est-il possible que la réalité n'existe pas ?
Aujourd'hui je vais vous présenter une argumentation imparable concluant que c'est impossible que la réalité n'existe pas. Sans doute, pensez-vous la même chose : la réalité existe, ça va de soi ! Et vous pensez alors à ce que vous voyez, entendez, sentez, bref à tout ce que vous percevez par vos cinq sens.
En fait vous allez découvrir comment vous pouvez douter de la réalité de toutes les choses matérielles que vous percevez, même de celles qui vous sont très proches (votre chambre, votre smartphone, etc.), y compris de celle de votre propre corps !
Bon, je vous le dis tout de suite, après le raisonnement que je vais partager avec vous, vous n'allez pas douter de la réalité comme vous doutez ordinairement. En effet, ordinairement, quand on doute de quelque chose, on ne sait pas quoi faire : par exemple, si vous doutez de l'intérêt de voir une série, cela veut dire que vous ne savez pas si vous allez ou non la regarder. Contrairement à ce doute ordinaire qui a un retentissement manifeste sur vos actions, le doute que je vais faire naître en vous, en m'inspirant de l'argumentation du philosophe René Descartes, ne va rien changer à votre vie : même si, à la fin de l'argumentation, vous doutez de la réalité de votre chambre, vous continuerez de vous y déplacer en toute aisance (imaginez en revanche que vous doutiez de la solidité de son sol, au point que vous ne savez pas s'il va s'effondrer ou non : vous n'y marcherez plus comme avant).
Voyons de plus près l'argumentation de Descartes (vous chercherez par vous-même en quel siècle il vivait et et dans quelles oeuvres il a exposé l'argumentation que je vous présente ici, en la simplifiant).
On peut partir de l'idée que, quelquefois, ce qu'on perçoit n'est pas réel. Pensez par exemple aux illusions d'optique, par exemple à l'illusion de Müller-Lyer (Descartes, lui, ne la connaissait pas) :
Pensez maintenant à ce que vous percevez de la Terre ou du Soleil (vous percevez que la Terre est plate, que le Soleil tourne autour de la Terre, or ce n'est pas réel !).
Bien sûr vous êtes d'accord avec moi, mais vous pensez que ce ne sont que des exceptions.
Pour aller plus loin, c'est-à-dire renforcer le doute, Descartes a formulé ce qu'on appelle l'argument du rêve : quand vous rêvez, vous prenez le plus souvent ce que vous imaginez pour la réalité (c'est la raison pour laquelle un cauchemar vous effraie tout autrement qu' un film d'horreur). Qu'est-ce qui vous assure alors que, quand vous vous réveillez d'un rêve, vous êtes bien dans la réalité et pas dans un autre rêve ? Le film Matrix, que je vous encourage à voir, présente les humains comme des corps emprisonnés dans des capsules et dont les cerveaux sont branchés à une machine (la matrix) leur donnant l'impression qu'ils vivent librement, comme nous pensons vivre, nous, au sein d' un monde extérieur qu'ils perçoivent par leur cinq sens.
Vous allez peut-être penser qu'il faut être sérieux et que c'est impossible qu'on ne soit pas en contact avec le monde extérieur. En fait, c'est très improbable mais on ne peut pas dire que c'est impossible (par comparaison : c'est impossible qu'un carré ait plus que 4 côtés égaux, ce n'est pas seulement très improbable).
Vous pouvez dire alors que ça vous suffit que ce soit très improbable. Je n'ai rien alors à objecter. Reste que Descartes, lui, voulait placer à la base de sa recherche philosophique une vérité absolument indiscutable, telle que, même si on voulait en douter, on ne pourrait pas (vous voyez qu' en revanche, si je veux, à tout prix, douter de la réalité du monde extérieur et donc aussi de mon corps - puisque je perçois mon corps comme je perçois ma chambre - je le peux, même si c'est un peu tiré par les cheveux, excessif). Descartes ne pouvait donc pas se contenter d'une vérité juste très probable.
Arrivé à ce stade du raisonnement, vous doutez donc de tout, semble-t-il : du monde extérieur, mais aussi de la réalité des autres (en effet les autres sont vus, sentis, touchés, etc.).
Une petite précision : si vous reprenez effectivement à votre compte le doute de Descartes, vous ne vous demanderez pas si, en ce moment, vous lisez un cours de philo sur votre smartphone ou si vous portez tel ou tel vêtement, etc., vous vous demanderez plus fondamentalement si tout à ce à quoi vous êtes en train de croire comme à des évidences (donc le fait que vous lisez ce cours, etc.) correspond bien à la réalité ou si tout ce que vous percevez n'est rien de plus que des images dans votre esprit. Vous voyez que ce doute-là ne va rien changer à votre vie quotidienne (si vous sortez de chez vous et qu'il pleut, vous n'allez pas vous demander s'il fait beau, vous n'allez pas ne pas ouvrir votre parapluie, etc.). En revanche ce doute va faire que vous n'êtes plus aussi certain qu'avant que vous êtes en contact avec une réalité extérieure à vous qu'on appelle la Terre ou plus largement l'Univers.
Vous êtes donc arrivé pour l'instant au stade suivant : la réalité du monde extérieur et de tout ce qui s'y trouve, donc la réalité de votre propre corps aussi, est devenue douteuse, car rien ne vous assure qu'elle n'est pas qu'un ensemble d'images que vous produisez.
Vous voyez donc que Descartes n'a pas répondu au doute des sceptiques en expliquant que, pas de souci, y a des vérités et que ce sont à coup sûr toutes les phrases (que nous disons et que nous pensons) qui correspondent au monde extérieur, du genre " j'ai un smartphone ", etc.
On peut même aller jusqu'à dire que Descartes dit aux philosophes sceptiques : " OK, ça se défend, c'est possible que le monde extérieur n'existe pas !".
Mais alors, si le monde extérieur n'existe pas, il n'y a plus de vérités du tout ? Qu'est-ce qui nous permet pourtant de dire que la réalité existe ? Et qu'il y a, au minimum, une vérité indiscutable ?
Nous verrons bientôt la suite du raisonnement de Descartes.
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